Covert cloth : construction, exemples et variantes

Le tissu que nous connaissons aujourd’hui sous le terme de covert cloth, ou covert coating, est une création de Fox Brothers au début du XXe siècle pour Cordings.

Le cahier des charges est le suivant :

  • une grande résistance à l’usure et aux accrocs dans les broussailles
  • une bonne tenue face aux intempéries
  • une certaine chaleur, sans trop d’épaisseur puisqu’il va falloir le porter à cheval
  • une capacité à ne pas trop montrer salissures, poils de cheval et déchirures

De couleur plutôt khaki, ou vert olive, l’étoffe mise au point par Fox est caractérisée par ses couleurs chinées, dûe à l’utilisation en fil de chaîne d’un fil mouliné, formé en tordant ensemble deux brins de laine de couleur différente. On obtient ainsi un tissu qui non seulement se fond assez bien dans l’environnement forestier, mais sur lequel les tâches se verront peu, ce qui simplifie l’entretien d’un vêtement soumis à rude épreuve.

La résistance du tissu est elle dûe à l’armure utilisée, c’est à dire la manière dont sont entrecroisés fils de chaîne et fil de trame. Pour rendre le tissu résistant aux accrocs, on va utiliser un fil de chaîne solide, à base de laine peignée (worsted) ou dans certains interprétations plus bon marché, de laine et coton. Et on va chercher à densifier la chaîne autant que possible, à en faire tenir le plus grand nombre de fils possible sur un centimètre. Pour cela, l’armure idéale est le satin de chaîne : grâce à ses longs flottés, c’est à dire au fait que le fil de chaîne passe dessus plusieurs fils de trame à la fois, et à la distance entre ses points de liage (les endroits où la trame passe par-dessus la chaîne), on peut tasser la chaîne à tel point que la trame n’apparait plus que sur l’envers. C’est d’ailleurs la raison d’être du satin : présenter une face lisse, unie.


Armure de satin de 5, la chaîne est verte et la trame marron

L’inconvénient du satin est une conséquence directe de sa qualité : ses longs flottés sont faciles à « griffer », ce qui rend l’étoffe fragile face aux accrocs. Hors c’est justement ce que l’on cherche à éviter. La solution est dans ce cas d’utiliser ce qu’on appelle un « satin renforcé », où l’on ajoute des points de liage supplémentaire afin de diminuer la longueur des flottés. En l’occurrence, le covert cloth est construit sur l’armure de vénitien, qui se construit en doublant les points de liage.


Armure de vénitien / covert : en bas à gauche, en rouge, le satin de 5 qui sert de base à la construction

En doublant les points de liage, on perd une propriété normalement caractéristique du satin, le fait que les points de liage ne se touchent pas. On voit au contraire apparaître ici des diagonales à 63°, typiques des « steep twills », ce qui fait que le covert cloth est souvent décrit comme un tissu de la famille des twills, alors que techniquement (et par construction), c’est un dérivé de satin.

Ceci étant, cette façon de renforcer le satin de 5 laisse tout de même des flottés de 3, ce qui signifie que, sous réserve de ne pas trop serrer les fils de trame, on va pouvoir préserver le principal atout du satin : laisser uniquement la chaîne en surface, et masquer la trame qui est renvoyée au dos. En effet, les points de liage vont pouvoir être masqués par les fils de chaîne voisins.

Cette propriété essentielle aurait été perdue si l’on avait adopté l’autre manière de renforcer un satin de 5 :


Manière alternative de renforcer un satin de 5

On constate que cette alternative répond bien à l’objectif de « couper » les flottés de 4 du satin, mais on perd totalement l’effet satin. Premièrement, on ne laisse plus que des « flottés » de 2 ou 1, ce qui est bien trop court. De plus, la trame passe par-dessus deux fils de chaîne successivement, et il sera impossible de la masquer sous les fils de chaîne voisins.

Twill ou satin, peu importe me direz vous, cela ne concerne que les spécialistes. Bien sûr ! Si j’ai jugé utile de montrer cette construction, c’est pour mettre en avant une propriété essentielle du covert coat : sur la face avant, on ne retrouve presque que des fils de chaîne, fils solides formés d’une laine peignée (worsted) en double retors (le double retors est d’ailleurs mis à contribution pour l’esthétique, en utilisant deux brins de couleur différente). Cela donne une surface très lisse, très robuste, qui résistera bien à l’assaut des broussailles et à l’usure d’une pratique sportive intense.

Cela entraîne une conséquence fort intéressante elle aussi : la trame se trouvant renvoyée sur l’arrière de l’étoffe. Il est alors intéressant d’utiliser une toute autre sorte de fil, faite de laine cardée (woolen). Ces fils vont avoir un touché nettement plus « duveteux », toucher que l’on va d’ailleurs pouvoir renforcer lors de la finition du tissu en le brossant pour en relever le poil. C’est très avantageux, car cela va former une sous-couche assez chaude, ce qui est généralement bienvenu pour un manteau.

Cette construction basée sur l’armure de vénitien, employant une chaîne peignée et une trame cardée, va donc nous donner une étoffe :

  • relativement légère (pour un manteau)
  • très solide
  • plutôt chaude pour son poids

Cela impose par contre une limitation technique au poids du covert cloth, qui ne dépassera guère les 500g. Pour dépasser cette limite, il faudrait soit ajouter des fils de chaîne (ce qui n’est guère possible, elle est déjà aussi dense que possible), soit utiliser une trame plus lourde, ce qui changerait significativement le caractère du tissu. Nous verrons d’ailleurs un peu plus bas un exemple de tissu similaire, mais plus lourd et du coup sensiblement différent : le keeper’s tweed.

Il se trouve que j’affectionne particulièrement le covert cloth, une étoffe souple, douce, épaisse mais sans excès, et qui se prête non seulement à la réalisation de covert coat, mais aussi de vestes (notamment pour l’équitation), de pantalons, de blousons…

J’en ai donc un assortiment assez complets, dans plusieurs couleurs et provenant de différents fournisseurs.

Premier fournisseur, dans un poids de 480g, en lovat, bleu et anthracite :


Master A1



 

Master B2 (anthracite)



 

Master C3 (bleu marine)

Second fournisseur, dans un poids très similaire de 490g, mais au toucher légèrement plus épais, dans deux teintes de lovat, bleu et anthracite :


D6311 – un lovat tirant sur le vert



D6312 – un lovat tirant sur le roux



D6313 – bleu marine



D6314 – anthracite

Enfin, le covert cloth classique de chez Fox Brothers, plus onéreux que les précédents, mais nettement plus beau. Malheureusement, la photographie ne rend que fort mal les tissus, et il faut vraiment toucher pour voir la différence…


Fox covert – gros plan

Sur ce covert de chez Fox, comme sur les autres, on distingue aisément la chaîne (sur la face du tissu) de la trame, plus laineuse (sur l’envers du tissu) :


Dos à gauche, face à droite

Les exemples ci-dessus sont tous des covert cloths à strictement parler. On peut cependant envisager de couper un covert coat dans une étoffe similaire, sans qu’elle ne soit à strictement parler un covert cloth tel que défini dans cet article.

Première variante : une étoffe à carreaux fenêtre rouges et bleus, qui donnera une touche de fantaisie à ce grand classique du vestiaire masculin :


Moor

Deuxième alternative, une apparence au premier abord similaire, mais dans un poids considérablement plus lourd : des keeper’s tweed. Avec le double du poids (32 onces au lieu de 16 précédemment), la main du tissu n’est plus du tout la même, alors que la construction est similaire. Par contre, on a un tissu presque inusable. Et je le dis pour avoir vu des vestes coupées dans ce type d’étoffe qui ont subi bien des mésaventures, et dont seule la patine du temps permet de dire qu’elles ne sont plus neuves.


Keepers 9020

 

Keepers 9021

 

Gros plan sur les fils de chaîne : on distingue très facilement le mouliné

Enfin, troisième proposition, une série d’étoffes construites sur une armure très différente, le cavalry twill, très robuste elle aussi, et présentant un aspect chiné qui les rend tout à fait adaptée à la coupe d’un covert coat avec une touche d’originalité. D’ailleurs, leur fabricant les qualifie aussi de « covert ». Avantage : un poids de 590g, pour un manteau plus hivernal qui séduira ceux qui ont froid en covert coat classique.


10241-A09



B1043



B1047



B1047-11