Covert coat : sortez couvert !

Une grande partie de notre garde-robe actuelle provient des tenues de chasse de la gentry anglaise, et le covert coat ne fait pas exception. Il faut dire que son nom le trahit : un « covert », mot d’origine française, est un fourré dans lequel se cache le gibier, ainsi que nous le précise l’Oxford English Dictionnary :

Covert

noun
Pronunciation: /ˈkʌvət, ˈkʌvə/
a thicket in which game can hide.

Origin: Middle English (in the general senses ‘covered’ and ‘a cover’): from Old French, ‘covert’, past participle of covrir (see cover)

Le covert coat a été conçu à cet usage : pénétrer au plus profond des fourrés pour y déloger l’animal, renard, lapin ou volatile. Il faut donc un tissu très résistant aux broussailles (thornproof), qui ne se salisse pas trop, et qui protège des intempéries, climat britannique oblige.


At the Covert – Paul Maze, 1979

Je n’ai pas encore pu retracer les premières variantes de ce pardessus court, né à la fin du XIXe siècle, mais le modèle classique que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de covert coat est une invention de Cordings, la célèbre maison de Picadilly, qui a travaillé avec Fox Brothers à la mise au point de l’étoffe idéale. Cette création a marqué l’histoire de la mode au point que le Victoria & Albert Museum l’a ajouté à ses collections.


Tailor & Cutter – 1951

L’étoffe connue sous le nom de « covert cloth » ou « covert coating » est généralement ainsi décrite : des tons khaki ou fauve, pour n’être pas trop visible en forêt ; un aspect chiné (dû à l’utilisation de fils moulinés en chaîne) pour que les taches de boue et autres poils de cheval ne se voient pas trop ; une trame en laine cardée, duveteuse, pour la chaleur ; un tissage très dense, et légèrement élastique, pour la solidité.

Je lui ai consacré un article que j’espère assez complet.


Covert Cloth – Fox Brothers

La coupe et les détails de fabrication de ce pardessus sont tout aussi caractéristiques : de coupe droite similaire au chesterfield, mais relativement court (pas plus de 34 pouces) pour pouvoir être porté à cheval, le manteau dépasse à peine la veste qu’il protège (de 3 pouces, mais les vestes d’équitation à l’époque étaient longues), et n’atteint qu’à peine les genoux. Une fente centrale, logiquement, puisque le manteau est porté à cheval.


Une des premières interprétation du covert coat : Cutter’s Practical Guide, par Vincent, en 1898. La comparaison avec le blazer montre que ce topcoat est coupé très court. A l’époque, il avait deux fentes latérales au lieu d’une fente centrale comme on le coupe généralement aujourd’hui.

Les boutons sont cachés sous une patte, pour éviter qu’ils n’accrochent aux broussailles. Les poches sont amples, et l’intérieur du manteau inclue sur la hanche une vaste poche, dite poacher pocket (en français : poche carnier), prévue à l’origine pour y mettre du gibier, mais qui peut aussi bien accueillir une bonne bouteille, un livre… ou pourquoi pas votre iPad ou netbook !


Col relevé, on distingue le dessous de col en velours prune. La doublure pourpre est matelassée à la poitrine, et dotée d’une poche carnier niveau hanche côté gauche.

Dernier détail caractéristique, indispensable même : les rangées de surpiqûres (3, 4, voire 5 rangées) en bas du manteau, en bas des manches et aux rabats de poches. Détail aujourd’hui esthétique, elles ont une origine bien pratique. Au début du 20e siècle, les manteaux étaient souvent coupés avec le bord « à franc », c’est à dire sans ourlet. Les surpiqûres servaient alors à tenir le tissu pour éviter qu’il ne s’effiloche. Et lorsque que la chasse avait mené le chasseur courageux à affronter ronces et broussailles, laissant sa marque sous la forme d’accrocs aux bords, une nouvelle rangée de surpiqûres servait de réparation sommaire. Et donc, plus on arborait de surpiqûres, plus on montrait son audace à la chasse. Evidemment, sur un manteau flambant neuf et sans une égratignure, l’effet n’est pas le même.


Ici dans une variante avec poche ticket et poche poitrine à rabat

On cite souvent le col de velours comme autre détail typique : pourquoi pas. Tout comme sur le pardessus de ville chesterfield, sa raison d’être est éminement pratique. A une époque où les hommes enduisaient leur chevelure de gomina et autres huiles capilaires, les cols se retrouvaient vite graisseux, tachés, sales, bref une horreur. Premier avantage du velours : il se salit moins vite. Second avantage : lorsque l’on est contraint et forcé de faire changer le col, il n’est pas évident de retrouver le tissu d’origine. En remplaçant par un col de velours, on évite ce problème, tout en ajoutant a un détail intéressant. De nos jours, la gomina est passée de mode, et le problème ne se pose donc plus. Cordings a conservé le velours, mais uniquement sur le dessous de col : on ne le voit que quand le col est relevé pour se protéger du vent.


Illustration de Fellows : le covert coat comme manteau de voyage

Les poches, enfin : à rabat sur les hanches, avec les rabats ornés de surpiqûres pour les renforcer. Pour le reste, on a le choix : avec ou sans poche ticket à droite. Et à la poitrine, une poche à patte très classique, ou une petite poche à rabat elle aussi, dans un esprit néo-édwardien ou Sixties revival. Un détail souvent un peu dandy, mais qui s’intègre très naturellement sur le covert coat.


Variante peu courante : des revers aux poignets, et un col à cran aigu.

Le mot de la fin : s’il est clair que l’on écrit « covert coat », et non « cover coat », la question de la prononciation est plus délicate. Certains prononcent le t final, sans doute par hypercorrection reposant sur l’orthographe (spelling pronunciation), alors que l’étymologie française prête à croire que le t reste muet. C’est d’ailleurs bien ainsi (« cover ») que l’on appelle ce manteau chez Cordings.