Knockando Woolmill

Je ne sais pas pour vous, mais Knockando est un nom qui m’évoque immédiatement un whisky soigneusement vieilli du Speyside. Un équilibre délicat, d’une grande richesse aromatique, sans toutefois se laisser dominer par l’un de ses composants. Depuis peu, cette appellation titille non seulement ma mémoire gustative, mais aussi ma mémoire tactile et visuelle. Plus précisément, depuis que j’ai découvert le Knockando Woolmill.


Cottage

Et mes amis, quelle découverte ! Je sais que nombreux d’entre vous sont comme moi passionnés de la petite histoire qui se cache derrière chaque tissu. Nous somme ici servis, puisque ce sont plus de 200 ans d’histoire qui se révèlent à nous. L’activité a commencé sur les bords de la Spey en 1784, date d’un registre parroissial qui conserve la dénomination « Wauk Mill ». Et depuis lors, on n’a jamais cessé d’y filer la laine, et les métiers ont continué inlassablement de tisser leurs lainages, tartans et tweeds bien écossais.


La « spinning mule », machine à filer la laine.
Photo Fay Goodwin

Inlassablement, mais modestement aussi : nous ne sommes pas dans le Yorkshire ni dans les Scottish Borders, et la Strathspey (la vallée de la Spey) n’a connu que les lointains échos de la révolution industrielle. L’activité allait en croissant doucement, et de temps en temps les propriétaires achetaient (souvent d’occasion) un nouveau métier. On poussait les murs juste de ce qu’il fallait pour accueillir la nouvelle machine, et, puisqu’il faut bien justifier de sa réputation d’écossais, portes et fenêtres étaient de récupération.

Au fil des années, le bâtiment a poussé de bric et de broc, mais restait toujours encombré de machines plus ou moins anciennes. La vie locale était rythmée par les cycles agraires : les machines tournaient au ralenti en période de moisson, et battaient leur plein après la tonte, quand les fermiers des environs apportaient leurs toisons pour repartir avec couvertures et pièces de tweed.


L’atelier de tissage, avant restauration

Scènes ordinaires d’une vallée écossaise. Scènes disparues à peu près partout pendant l’entre-deux-guerres, mais qui, sans qu’on sache trop pourquoi, ont réussi à survivre à Knockando. Et pourtant, ce ne sont pas les raisons d’arrêter qui ont manqué. Ainsi, en 1947, une inondation ravage les bâtiments, et un mur s’écroule. Qu’à cela ne tienne ! Graeme Stewart, qui a l’époque n’avait que 13 ans, se rappelle travailler au métier à tisser… au milieu des courants d’air.


Duncan Stewart – photo Graham Stewart

En 1937, Duncan Stewart prend la tête de l’entreprise, en association avec sa tante Emma Smith (qui vécu sur place jusqu’en 1971, jusqu’à l’âge vénérable de 100 ans). N’allez pas croire que l’affaire était florissante : le tisserant n’aurait pu survivre s’il n’avait en complément une petite activité agricole, 18 acres de terre, qui nourrissaient quelque 8 vaches et leurs veaux (curieusement, aucun mouton). 


Duncan Stewart

Dans les années 1980, Duncan Stewart le tisserand prend sa retraite, non sans avoir  formé son successeur : Hugh Jones. C’est ce dernier qui depuis trente ans continue de faire vivre les vieux métiers. A lui seul, il a réussi à maintenir en activité l’un des plus anciens « mills » du Royaume Uni. 


Hugh Jones travaillant sur un métier Dobcross

L’aventure ne s’arrête pas là. En 2000, un groupe de passionnés fondent le Knockando Woolmill Trust, pour venir à la rescousse de l’institution. La fondation lève 3,5 millions de livres sterling, et entreprend la restauration complète du bâtiment et de son parc de machines, dans le respect de l’histoire du site et de son atmosphère. Restauration quasi-achevée aujourd’hui, ce qui permet de relancer l’activité pour, espérons-le, deux siècle au moins d’histoire à venir…

Restored Mill

La fondation n’a pas encore terminé son travail, et lève désormais des fonds pour développer l’activité économique. N’hésitez pas à participer.


Le Prince de Galles était en visite pour l’ouverture officielle après restauration

Pour sa renaissance, Knockando Woolmill a conçu une petite collection d’étoffes, dont deux premiers designs sont déjà disponibles (le reste de la collection arrivera courant 2013).

Un tartan pour commencer, inspiré par les couleurs du site : rouille comme le toit de tôle ondulée, bleu comme la Knockando Burn, et vert comme les champs qui entourent les lieux, et qui sont une part si importante de leur histoire. Les fenêtres des bâtiments ont aussi un dessin caractéristique, qui a servi de base non seulement au logo du Trust, mais aussi au dessin de son tartan.


Knockando Woolmill Tartan

Ce tartan est disponible en deux qualités, toutes deux en 60″/150cm de large :

  • 500g/m, en pure laine d’agneau, notamment pour la réalisation de kilts. Ce tartan est donc tissé sur un métier à navette (indispensable pour le kilt).
  • 300g/m, en laine peignée (worsted), pour des vestes, pantalons, jupes et autres vêtements. On peut même en faire des cravates.

Un tweed pour continuer, sur la même base de couleurs locales, mais avec une mise en oeuvre qui m’a laissé sans voix quand j’ai reçu l’échantillon ce matin. L’image ne lui rend vraiment pas honneur, tellement les couleurs sont mêlées au sein même des fils, vibrent entre elles, et éclatent sous nos yeux. D’un poids de 680g/m, toujours en 150cm de large, c’est un vrai tweed traditionnel, pour des vêtements d’extérieur ou pour les amateurs de tissus lourds. Réalisé en laine peignée (et non en laine cardée comme souvent sur cette gamme de poids), il conserve une main assez sèche et douce. Rustique certes, mais beaucoup moins qu’un Harris tweed. Et le fait qu’il soit en laine peignée est, je pense, un atout sur le plan de la solidité (question de longueur de fibres).


Knockando Woolmill Tweed

Je suis impatient de découvrir dans quelques mois le reste de la gamme, et en attendant je serai ravi de vous faire découvrir ces deux premières étoffes lors d’une visite à mon atelier. Afin de soutenir moi aussi le Knockando Woolmill Trust, je commercialise ces étoffes à prix coûtant, et ce que vous me commandiez un vêtement ou que vous souhaitiez simplement acheter le tissu. Je précise en passant que ces étoffes conviennent très bien pour de l’ameublement : coussins, rideaux chauds pour l’hiver, mais aussi tapissage de meubles ou autres usages en décoration d’intérieur.

J’oubliais : si vos aventures vous mênent dans la vallée de la Spey, n’hésitez pas à leur rendre visite. Les lieux se visitent, et vous pourrez découvrir sur place 200 ans d’histoire du textile… une façon de visite l’Ecosse autrement qu’à travers MacBeth, William Wallace, Rob Roy et Bonnie Prince Charlie.