La préparation des fibres de laine : cardage et peignage

Les tissus de laine sont classé en deux familles, selon le procédé de traitement des fibres utilisé : les laines cardées (woolen cloths) et les laines peignées (worsted cloths).
Ces deux procédés utilisant des fibres différentes, et ne les organisant pas de la même manière dans l’espace, les fils qui en seront produits, et bien entendus les tissus qui les emploieront, auront des qualités différentes.

De la tonte au cardage

Après la tonte, et avant la filature (transformation des fibres « brutes » en fils), la laine passe par différents traitements préalables, généralement réalisés par des entreprises spécialisées. Les premiers d’entre eux sont toujours les mêmes :
- triage
- lavage (trempage, dégraissage, lavage, rinçage et séchage)
- cardage
Lorsque le traitements préalables s’arrêtent là, et que la laine est envoyée pour être filée, on parle de laine cardée (woolen).
Toison de mérino australien fraîchement tondue. Image (c) Fir0002/Flagstaffotos

Le triage

A l’issue de la tonte, la toison (de 2 à 5 kg en moyenne) reste d’un seul tenant :  les poils sont emmêlés, et la quantité importante de graisse et d’impuretés rendent le tout solidaire.

Le tri consiste à séparer la toison selon des zones de qualité homogène, qui différent selon l’emplacement sur l’animal. La meilleure qualité est obtenue sur les épaules et des flancs de l’animal, et servira pour fabriquer des tissus en peigné. La moins bonne qualité est celle de l’arrière train, qui ne servira au mieux qu’au cardage. La laine des pattes ne pourra servir que pour produire des tapis ou des matériaux textiles tels que des isolants.

Différentes qualités sur une même toison d'un mouton de race Skudde

La qualité de la laine est évaluée selon cinq critères :

  • la résistance à la traction
  • la finesse des fibres
  • la longueur des fibres
  • le « crimp » (ondulation)
  • la couleur

Pour plus d’informations sur la qualité des fibres de laine, j’ai écrit un article assez complet sur le sujet.

Un point important à retenir au sujet de la qualité des fibres, c’est que la qualité « la plus haute » n’est pas synonyme d’une laine plus durable, et ne sera pas toujours la plus adaptée à un usage donné.

A l’issue du tri, la laine est assemblée sous forme de balles, d’un poids moyen de 170kg. Les balles sont vendues aux enchères, et envoyées aux usines de traitement de la laine.

Image Cgoodwin sur Wikimédia  http://en.wikipedia.org/wiki/File:Wool_show_floor.JPG

Balles de laine pour vente aux enchères, avec les échantillons au premier plan (Newcastle, NSW, Australia)

Le lavage

A l’état brut, la laine contient de 30 à 70% de graisse et d’impuretés. Elle va donc être lavée, afin d’en ôter tous les corps étrangers, et la plus grande partie de la graisse.

Les impuretés peuvent être du sable, de la terre, des poussières, mais aussi des fibres végétales (paille) ou des graines de plantes (appelées « chardons »).

Photo 4028mdk09 - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Wolle_des_Bretonischen_Zwergschafs.JPG

Laine brute de mouton de race Ouessant

La graisse, ou suint, est produite par l’animal pour le protéger. Elle est récupérée lors du lavage, raffinée et revendue notamment à l’industrie des cosmétiques sous le nom de lanoline.

Le lavage se fait en deux étapes : le louvetage, qui est un traitement à sec visant à dépoussiérer la laine, puis le lavage à proprement parler, qui consiste à passer la laine dans une série de bains, à base d’eau chaude (50 à 60°), de savon et parfois de soude ou d’une autre base (pour dégraisser) :

  • trempage (hydratation et élimination de la terre et du suint hydrosoluble)
  • dégraissage (élimination de la suintine, c’est à dire de la graisse qui ne peut partir que sous l’action du savon)
  • lavage
  • rinçage
  • sèche ou séchage

L’eau circule dans l’ordre inverse des bains, depuis les bacs de rinçage jusqu’au trempage.

Les effluents sont tous récupérés, certains sont recyclés, et l’eau est épurée avant d’être rejetée : outre la graisse et les impuretés, les effluents contiennent souvent des pesticides employés par les éleveurs pour protéger les moutons des maladies.

Au cours du lavage, il est très important de laisser une petite partie de lanoline dans la laine. Si la laine est trop dégraissée (on dit « décreusée), elle posera des difficultés lors du cardage et du tissage. Pour certains tissus, tels que les tweeds traditionnels et les homespun, on laissera une quantité importante de graisse.

A l’issue du lavage, la laine subit souvent une phase d’oxygénation, qui est un blanchissage chimique.

Le cardage

Le cardage consiste à brosser les fibres en vrac pour les « organiser » en rubans. A l’origine, cela se faisait en frottant la laine à l’aide de chardons, d’où le nom (chardon = carduus en latin). De nos jours, on utilise des machines cylindriques, où la laine tourne et se frotte contre des brosses métalliques.
Image Martinde sur Wikimedia, http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Old-sturbridge-village-carding-mill.jpg

Une machine à carder du début du XIXe siècle en Nouvelle Angleterre

Une machine à carder allemande

Le but du cardage est d’orienter les fibres, mais aussi de les homogénéiser. Un cardage insuffisant laisse dans le paquet de laine des boules plus compactes. Le fil qui en sera produit sera irrégulier. Au contraire, une laine bien cardée sera homogène, et aura gonflant et volume.
La laine cardée est destinée au tissage, mais aussi à la production de fils pour tricot.
Photo Steven Depolo - http://www.flickr.com/photos/stevendepolo/3824576803/

Laine cardée

Le cycle peigné

Lorsque les fibres sont fines et longues (4cm et plus), elles se prêtent à un cycle de traitement supplémentaire : le peignage, qui donnera une laine peignée (worsted).
A l’issue du cardage, les fibres de laine sont encore légèrement emmêlées (la laine ayant une tendance naturelle à feutrer). Il est donc nécessaire de la défeutrer pour séparer toutes les fibres.
On peut ensuite procéder au peignage à proprement parler, qui consiste à faire passer la laine à travers une série de peignes de plus en plus fins, et qui a deux effets :
  • séparer les fibres courtes (la blousse, noil en anglais) des fibres longues, seules ces dernières étant conservées pour produire le fil ;
  • étirer les fibres et les rendre bien parallèles.
La blousse est recyclée pour servir dans d’autres usages de la laine, mais aussi pour être ajoutée ultérieurement au fil afin d’obtenir différents effets. C’est par exemple ainsi que l’on forme les « flocons » qui parsèment un Donegal tweed.
A l’issue du cycle peigné, la laine est appelée « top ». C’est à ce stade que sa qualité est évaluée, pour la classer selon le système des « Super XXXs« .
Rubans de laine cardée et peignée
Rubans de laine : en haut, laine cardée ; en bas, laine peignée

Le finissage

Avant l’envoi à la filature, la laine subit un dernier traitement, le finissage, qui consiste à étirer le ruban issu du cardage ou du peignage, pour le transformer en mèche, qui possède déjà un début de torsion assurant sa cohésion.

Conclusion

Ainsi que nous l’avons vu, il y a donc deux cycles préparatoires pour la laine, précédant la filature puis le tissage.
Le cycle « laine cardée » :
  • tri
  • lavage
  • cardage
  • finissage

Le cycle « laine peignée » :

  • tri
  • lavage
  • cardage
  • défeutrage
  • peignage
  • finissage

La laine sera ensuite filée (selon un procédé différent selon sa préparation). Un fil de laine cardée est « laineux », « poilu », alors qu’un fil de laine peignée est lisse et plus solide. Les tissus produits à partir de laine peignée seront plus secs, et leurs motifs seront plus nets.