Pardessus croisé

Pardessus croisé

Un client m’a rapporté il y a quelques semaine pour une petite retouche un pardessus croisé (aussi appelé « chesterfield ») que je lui avais réalisé pour l’hiver dernier.

Les photos sont loin d’être en conditions idéales : non seulement il pleuvait, mais en outre il faisait encore assez chaud en septembre, alors que ce manteau est taillé pour être porté par dessus une veste. N’ayant aucun support en-dessous (mon client était en chemise), les épaules totalement naturelles (sans épaulette) tombent.

(Oh, et j’ai appris qu’on ne photographie pas un vêtement noir sur un fond blanc…)

 

L’étoffe est un melton bleu nuit de chez Abraham Moon, particulièrement chaud et solide puisqu’il pèse 1000g au mètre (une de mes étoffes les plus lourdes). Le manteau doit peser dans les 3kg sur les épaules, je me rappelle avoir souffert lors de sa confection tellement il pesait !

Les manches sont finies par un revers assez large, et fermées par un bouton (fonctionnel) posé sur le revers.

 

Croisure du pardessus : revers avec une belle ampleur, carré du boutonnage

 

 

C’est une fabrication en petite mesure, entièrement fabriqué machine donc, mais avec des finitions main. Ma petite mesure est généralement sous-traitée, mais par exception j’ai réalisé cette pièce moi-même, de A à Z.

 

L’épaisseur de l’étoffe (2mm, quand même) peut poser des difficultés à certains endroits, où l’on peut se retrouver avec 3 ou 4 couches de tissu, et l’épaisseur en conséquence, si l’on n’adopte pas une méthode de fabrication adaptée. Sur certaines coutures (je me rappelle notamment la jointure du tour de poche portefeuille avec la garniture du revers), pour éviter toute surépaisseur, la couture est faite à la main en prenant dans l’épaisseur du tissu. Une technique similaire au « cousu pleine chair » des bottiers, et qui s’appelle en anglais « stoting ». Assez courante au XIXe siècle et jusque dans les années 1930, elle ne sert plus beaucoup à notre ère des laines extra-fines. J’ignore si les jeunes tailleurs l’apprennent encore dans leur formation. Je dois de la connaître à mon ami Jason MacLochlainn, tailleur émérite et spécialiste des techniques de l’époque victorienne.

 

Un soin particulier avait été apporté à l’angle des anglaises (la pointe des revers), ainsi qu’au boutonnage dont les quatres boutons du bas devait former un carré parfait. Il y avait aussi des demandes très spécifiques concernant les poches, demandes faciles à satisfaire dans le cadre d’un travail artisanal.

Dos du pardessus : un cintrage marqué, mais laissant une ampleur suffisante pour ne pas froisser la veste dessous

 

Et j’allais oublier : la retouche demandée. Il s’agissait de modifier le style du col. A l’origine, il avait été tracé avec un écart entre le bout du col et le bord du revers, un style que j’apprécie et qu’on ne trouve guère que chez les tailleurs. En tout cas, je n’en ai jamais vu en confection. Après l’avoir porté tout l’hiver, mon client m’a demandé s’il était possible de refermer le cran, pour adopter le style plus courant sur les vestes croisées, et donc plus discret. Bien entendu, sur une pièce tailleur, ce type de retouche ne pose pas de difficulté : j’avais prévu les réserves de tissu suffisantes pour pouvoir redessiner la pointe du col.